Fascisme: Une épidémie encore actuelle?

(Text: SolidaritéS, 12/1/2017)

«Après une période d’impunité déplorable, Aube Dorée, une organisation grecque d’obédience nazie, est désormais confrontée à la perspective de devoir répondre de ses crimes. Ce développement n’aurait pas été possible sans la constante mobilisation de milliers d’antifascistes pendant plus de deux décennies et certainement pas sans ‹l’explosion› antifasciste qui a suivi le meurtre brutal de Pavlos Fyssas par G. Roupakias, membre d’Aube Dorée en septembre 2013.»

C’est par ces mots que commence la déclaration de l’initiative «Pour une action civile du mouvement antifasciste dans le procès de l’Aube Dorée» écrite un mois après l’assassinat du jeune rappeur Pavlos Fyssas. Depuis, les avocat·e·s qui l’ont signée se sont donné·e·s corps et âme pour qu’Aube Dorée (AD) soit traitée non pas comme «un parti politique parmi d’autres, même pas un parti extrême», mais comme «un gang criminel» qui n’a pas comme but «de convaincre politiquement, mais de construire des bataillons d’assaut dans les quartiers […] qui sèmeront la terreur contre les immigré·e·s, les antifascistes, les syndicalistes, les militant·e·s de la gauche et d’autres». Leurs efforts ainsi que ceux des avocats des parents de Fyssas et des membres du Parti Communiste qui ont été victimes d’une atteinte meurtrière, n’ont pas été réalisés en vain. Même si elle reste stable au plan électoral, AD se présente aujourd’hui affaiblie «tant opérationnellement que politiquement». Le procès ainsi que la présence constante des antifascistes, non seulement dans la salle d’audience, mais aussi dans les quartiers, y ont joué un rôle décisif.

Liberté d’expression

Depuis le début du procès, certaines voix libérales se révoltent contre la violation de la liberté d’expression. Or, AD n’est accusée ni pour ses pensées ni pour ses écrits. Elle est accusée de trois crimes précis: le meurtre de Fyssas, l’attaque des membres du Parti Communiste et une attaque contre des pêcheurs égyptiens au Pirée. En même temps, des dizaines de membres sont individuellement accusés pour plusieurs autres attaques et crimes. La direction d’AD joue la carte «des actions volontaires des particuliers» comme s’il s’agissait d’un club de pétanque, où chacun ferait ce qui lui plaît sans rendre compte au secrétaire. Mais l’accès des avocats à tous les dossiers a révélé que rien ne se passe au sein des sections d’AD sans que le commandant du «bataillon de sécurité» ne soit informé.

Les courants fascistes, dont Aube Dorée est l’un des meilleurs exemples contemporains, n’ont jamais fonctionné comme tous les autres partis. La violence est l’échafaudage de leur construction. Pour toute personne démocrate, comprendre que la liberté d’expression pour les fascistes engendre des victimes physiques est essentiel si on veut arrêter le monstre là où il apparaît.

Comprendre le fascisme aujourd’hui

Hélas, en Europe comme en Grèce, le fascisme n’est pas un monstre que l’on a enterré sous les cendres de la deuxième guerre mondiale, comme le prétendent nos dirigeant·e·s. Depuis la France de Vichy et les différents régimes qui ont collaboré avec le fascisme, la bête a été soigneusement caressée, quoique mise à l’écart pour des raisons multiples. Aujourd’hui, bien que les comparaisons faciles avec les années trente soient peu utiles, le recours historique et réfléchi à cette sombre période devient nécessaire si on veut se confronter à une extrême droite et des mouvements fascistes qui relèvent la tête.

Dans cet esprit, solidaritéS organise une conférence publique à Lausanne avec Thanassis Kampagiannis, l’un des avocats de l’accusation qui ont initié l’action civile dans le procès de l’Aube Dorée. Il sera accompagné de notre camarade Stefanie Prezioso, Professeure à L’UNIL et spécialiste du fascisme.

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